VON BRAUN Muriel

La monotypie continue à être le fondement de mon travail actuel, étroitement lié à la peinture et au dessin que j’incorpore à chacune de mes œuvres selon le but visuel recherché. Cette technique m’obsède depuis des années déjà, et surtout cette matière qu’est l’encre d’imprimeur, sa viscosité, sa profondeur, sa capacité à atteindre la densité la plus exigeante autant que la transparence et le vide. Il y a certainement, dans mes actes de création, une poursuite constante de la peinture et du dessin, sans lesquels je ne pourrais vivre, car ils prolongent le battement de vie et donc de mouvement dont je désire imprégner mes toiles.

Par le monotype s’ajoute au geste créateur l’indéfectible élément de surprise qu’offre cette technique, élément qui me permet d’entrevoir l’insubstituable expérience de l’émerveillement. Dans ce genre de travail créateur, il y a la technique proprement dite, les matières en action, la conception d’une composition délibérée, le travail de superposition des couleurs et des matières, le grattage, le « vidage » de l’espace pictural et finalement le passage du papier sous la presse. Mais il y a surtout mon attente devant l’inconnu, cette accumulation de gestes et d’intentions qui m’apporteront, à l’autre bout, la surprise d’une naissance réussie ou la rature qui n’est qu’une autre marche à franchir dans ce cheminement vers l’autre.

Pour cette exposition, l’effort que j’entreprends est celui de retrouver l’espace visuel et intuitif qui se trouve entre la matière et l’expression intérieure. Dans cette recherche, j’ai travaillé – entre autre –  autour de l’expérience de la blessure, l’espace qu’elle occupe dans la vie quotidienne ou dans les moments inattendus de toute vie. J’en déduis que, finalement, toute blessure est exceptionnelle, unique. Elle peut être profonde, tranchante, légère, immuable, fugace… Elle contient en elle-même la relation d’espace entre l’autre et le moi.  C’est pour définir et explorer le plus imperceptiblement possible cet espace que j’ai voulu recourir  aux pansements, cette sorte de voiles révélateurs de la souffrance cachée ou à découvert. Le pansement est si proche de la consolation et de l’adieu, mais aussi du soulagement et de la farce.

Il fallait donc aussi rechercher ma propre manière de définir graphiquement la matière et l’esprit. Lequel des deux est solide ou structuré, fragile ou léger, transparent ou  translucide ? Avec le monotype,  il me semble m’approcher du moment éphémère qu’est l’instant de la blessure – qu’elle soit dans la chair ou dans l’esprit, tout en gardant sa trace immatérielle. Je m’y approche, il est vrai, avec le trait poussiéreux et délicatement coloré du pastel ou l’âpreté du charbon sur le papier, ou par les lignes libertaires que trace une pointe ou un doigt cotonneux sur la plaque avant d’être délicatement recouverte par cette feuille de papier qui passera sous la presse dans un acte d’intimité extrême. Il est difficile d’expliquer l’intensité éprouvée par cet acte.

Parallèlement à la série que j’ai produite en appliquant différentes matières et textures, encres, pastels et acrylique, j’ai travaillé sur la sensation du liquide, espérant que certaines œuvres arrivent à se diluer dans la substance aqueuse dont nous sommes tous faits, comme nous le sommes de mouvements, de lumière et de profondeurs sous-marines ou de ciels infinis dans leur bleuté.

Cette peinture est, dirait-on, abstraite, mais si j’arrive à toucher par cette « abstraction » le point de commotion, d’émotion, de mon interlocuteur visuel, celui qui se trouverait sur mon même chemin, alors, l’œuvre cesse d’être abstraite pour entrer dans l’intimité, dans l’intériorité poétique que propose l’art. Une manière de partager le ciel et le souffle.

Muriel von Braun

 

Définition : La monotypie est une technique qui consiste à effectuer un tirage unique à partir de la plaque portant le dessin réalisé à l’encre. L’artiste travaille sur la planche (métal, pierre ou autre support), directement avec de l’encre d’imprimerie ou même avec de la peinture. La planche est alors imprimée sur papier. Théoriquement conçue en vue d’un exemplaire unique, la planche peut servir à imprimer une seconde fois et même davantage, mais les épreuves ainsi obtenues sont de plus en plus pâles. 

Employée au XVIIe s. par G. B. Castiglione, à qui on attribue parfois son invention, le monotype fut utilisé par Degas qui avait l’habitude de rehausser de traits de pastel les feuilles ainsi obtenues après un deuxième ou un troisième tirage, mais il conservait souvent la première épreuve intacte. D’autres artistes se sont essayés au monotype (Gauguin notamment), mais l’usage ne s’en est jamais grandement répandu. (cf. Larousse)