SEGHERS Catherine

Etrange, insolite, mystérieux, surréel. Autant d’adjectifs qui ne sont pourtant pas suffisants pour qualifier l’univers pictural de Catherine Seghers. Il manque quelque chose. C’est ce que je me suis dit en écrivant ce texte. J’ai de nouveau regardé longuement les œuvres proposées à l’exposition et un mot m’est venu, comme une évidence : facétieux.

Cette façon de nous prendre par la main, mine de rien, de nous faire voyager dans les plis et les replis du drapé exhibé comme un leurre dissimulant le corps d’un personnage  féminin énigmatique, mi- déesse, mi- princesse, est très facétieuse. Nous sommes dans le monde de l’enfance, de la magie, un monde où l’on aime faire des tours, poser des énigmes (les cartes dissimulées dans les plis, les oiseaux), un monde où l’on rit de voir Arlequin parader dans son manteau bariolé, un monde ou la poésie, la littérature, la musique sont revisitées par le regard enchanté et malicieux de l’enfance.

Catherine Seghers a cette capacité à insuffler dans son œuvre, quels que soient les moyens utilisés (peintures, collages, monotypes), un souffle poétique d’une insupportable légèreté.

François Minod

 

Entre les doigts (poème de Catherine Jarrett à Catherine Seghers)
Entre les doigts une rivière
Temps infinis à regarder
Entre les doigts
Entre les mains
A regarder
Brouillard de soie
Un cri du bleu
Un potiron sur la misère

 

Les fleurs des lys
Pendent mortelles
Couleurs jaunies
Entre les doigts une rivière
Lourde en remords
A gros bouillons cogne les paumes
Un chant sacré hurle au tympan
Une voix
Seule
Tinte
Temps infinis à regarder
A oublier
Visages et mots

 

Car un visage
Tel un lutin
Tend un sourire
Une herbe pale
Et tu regardes rivière visage
Les maux laiteux et les remous
La terre est ronde
Les mères oublient