Ivlita MOUDJIRI

« Correspondances »

Elles sont la théâtralité même, des créatures, en effets.
Tubéreuses et sulfureuses, placées sous les projecteurs
du peintre, noir ébène ou rose Mistinguett, vert érudit
et pourpre, elles défilent…

Enfin paraissent d’équivoques créatures, les phasmes,
ou végétal et organique se mêlent en habiles camouflages.

Plus en dessous, enfermés dans les contours de la mare
vrillée de sons aquatiques et techniques, de complexes
protozoaires croisent à toute vitesse des batraciens agiles
dont se moquent les oiseaux… Le mystère crépusculaire
de la mandragore clôt les apparitions.

Jean-Pierre George
Ecrivain
« L’illusion tragique illustrée » Julliard ), «  Naissance d’une princesse »,
« Le diable et la licorne » ( La Table ronde).

Voyelles

A noir, E blanc,, I rouge, U vert , O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rires des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrement divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême clairon plein de strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
– O, l’ Oméga, rayon violet de Ses yeux !

Arthur Rimbaud